Roman : L’épervier du roi

Qui a tué Agnès Sorel

Charlotte de France, fille du roi Charles VII et de sa maîtresse Agnès Sorel, grandit sous l'œil fraternel et bienveillant du futur Louis XI. Son mariage avec Jacques de Brézé consacre sa position à la cour. Sa vie va se trouver brusquement bouleversée par d'étranges et terribles révélations qui l'inciteront à commanditer, dans le plus grand secret, une enquête pour démasquer le meurtrier de sa mère.

Bernard de Saulx, le célèbre écuyer du Bâtard d'Orléans, reprend ici du service pour démêler cette intrigue et mettre à jour une effrayante vérité.

Sortie le 1 octobre 2007

En librairie physique et virtuelle

Premières pages

Chapitre premier

LA NOËL 1468

La monture et son cavalier formaient une ombre blanchie par la tempête de neige. Ils avançaient avec peine, résignés à subir les assauts d'un ennemi presque invisible dont les armes s’insinuaient à travers le moindre interstice pour leur brûler le poil et les meurtrir toujours plus profondément. Soudain, le cheval releva la tête et allongea le pas. Le cavalier plissa les paupières pour distinguer les contours d’une masse enneigée dressée devant lui. Enfin, il en reconnut les fortifications.

Il donna inutilement des éperons car la bête, déjà, pressait l'allure à l’approche de l’écurie.

Le pont-levis franchi, il s’arrêta devant la herse et corna longuement.

Une voix s’éleva :

− Que veux-tu, vieil homme ?

− Je demande l’hospitalité pour la nuit au seigneur du lieu, répondit ce dernier.

De longues minutes s’écoulèrent avant que la herse ne se relève et le battant de la porte ne s’ouvre. Sans doute demandait-on l’autorisation de laisser entrer ce cavalier au seigneur du château.

Dans l’encoignure, la silhouette imposante d’un individu apparut :

− Quel est ton nom, vieil homme ?

− Je me nomme Bernard.

L’homme demeura immobile, espérant ainsi soutirer son patronyme au voyageur qui s’obstinait à garder le silence.

Enfin, il se rappela les ordres de son seigneur et les règles de l’hospitalité et ouvrit la porte. Il remarqua la mandore accrochée dans le dos du visiteur et sourit : − Un musicien ! pensa-t-il. Au moins nous pourrons nous divertir ce soir.

Il saisit la bride du cheval et proposa son bras au cavalier pour l’aider à démonter :

− Laissez-moi vous aider, vieil homme.

Ce dernier ignora le geste et descendit sans peine à la surprise de son hôte.

Ce dernier ordonna à un valet :

− Bertrand ! Conduit ce cheval aux écuries et occupe-t’en.

La courte épée flanquée à la hanche de son visiteur attira alors son regard.

Il ne savait plus que penser à propos de ce curieux personnage qui, bien que très âgé, descendait de sa monture comme un jouvenceau, portait un instrument de musique comme un troubadour et une arme comme un chevalier.

Cette fois, il s’adressa à lui avec respect :

− Suivez-moi !… Je vous prie !

Tous deux traversèrent une petite salle d’armes avant de pénétrer dans une vaste pièce recouverte de tapisseries et richement meublée. Au milieu de la salle, une table dressée pour le souper appelait les convives. Un homme, quadragénaire, aux rondeurs nourries par la bonne fortune, réchauffait ses mains au feu d’une cheminée monumentale.

A la vue de son invité, l’homme se dirigea vers lui :

− Soyez le bienvenu dans mon château, Messire. Je me nomme Justin-Marie de Saulx et vous êtes sur mes terres. Je m’apprêtais à souper en compagnie de mon fils, ce géant qui vous a escorté jusqu’ici, de son épouse et de ma dernière fille. Voulez-vous partager notre repas ? Otez donc votre arme et asseyez-vous près du foyer, vous pourrez ainsi réchauffer vos os tout en vous restaurant.

Pendant que le vieil homme s’exécutait, le colosse qui avait accompagné le visiteur prit place à la table et fut bientôt rejoint par deux femmes. L’épouse, sans doute, s’assit au côté de son mari et la fille auprès de son père. Toutes deux semblaient absorbées par le ballet des serviteurs qui remplissaient les écuelles mais profitaient de ces allées et venues pour décocher des regards furtifs à leur étrange visiteur.

− A qui ai-je l’honneur de donner l’hospitalité ? questionna le seigneur.

− Justin-Marie ? répéta le vieil homme en écho à la phrase précédente de son hôte, au lieu de répondre à la question qui lui était posée.

Le châtelain éclata de rire.

L’homme se révèle le plus souvent jaloux de ses biens autant que de la haute opinion qu’il a de lui-même, il envie la moindre parcelle chez son voisin comme si ce dernier l’en avait dépossédé. Lui, au contraire, rendait naturellement à la vie la générosité qu’elle lui avait prodiguée et se montrait aimable en toute occasion.

− Oui ! Justin-Marie ! reprit plus sérieusement le seigneur. Savez-vous pourquoi ce prénom ? Je vais vous l’expliquer. Peut-être, après, consentirez-vous à nous dire qui vous êtes et d’où vous venez.

L’homme marqua un instant de silence comme pour ménager ses effets sur un auditoire qui, à voir son expression, avait déjà entendu maintes et maintes fois l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

− Je suis veuf, commença-t-il. Mon père s’appelait Thibault de Saulx et ma mère Jeanne de Rignaucourt. Mon père était dur et lâche. Tandis que tous ses frères périssaient à la guerre, il restait au domaine ne sachant que frapper ma mère, l’accusant de ne pas vouloir lui donner d’héritier et de ne savoir engendrer que des filles. La pauvre sombra dans la folie. La nuit, elle livrait son corps à son bourreau et le jour elle vouait son âme à la Vierge afin qu’elle lui donne cet héritier et que cesse enfin son calvaire. Elle quémandait cette grâce, honteuse de son égoïsme, avec ces simples mots : « Vierge Marie, accordez-moi un fils… juste un… juste un ». Mon nom naquit ainsi avant moi. La prière fut exaucée et ma mère, avant de sombrer dans la démence et d’y succomber, y accola celui de Marie pour remercier sa bienfaitrice.

Un silence gêné accueillit les paroles de Justin-Marie.

− Je sais tout cela par mes gens, continua l’hôte. J’espère être pour eux un meilleur seigneur que feu mon père, Dieu ait son âme. Et vous, étranger, maintenant que vous savez mon histoire me direz-vous la vôtre ?

Tous les regards convergèrent vers le mystérieux visiteur.

− Avant de vous dire mon nom, commença celui-ci, je vous raconterai brièvement mon histoire. Comme vous, je suis né noble. Je suis parti l’année de mes dix-sept ans chercher l’aventure. Sur mon chemin, j’ai rencontré deux personnes. J’ai conçu un amour impossible pour la première dont je tairai le nom et une amitié sans failles pour la seconde. Il s’agissait du Bâtard d’Orléans, petit-fils du roi Charles V et futur grand chambellan du roi Charles le septième . Je suis resté auprès de ce prince du sang jusqu’à ce que son trépas, le mois dernier, me délivre de mon serment envers lui. J’ai participé à bien des batailles contre les Anglais : Baugé, Cravant, Verneuil, où tant des nôtres ont succombé, Montargis, Orléans…

− Orléans ! L’interrompit son hôte. Vous étiez à Orléans ? Vous avez vu la Pucelle ?

− Je l’ai vu, reprit calmement le vieil homme. Je crois même l’avoir quelque peu aidée en différentes occasions, ajouta-t-il, perdu dans ses souvenirs.

− Et après… après, qu’avez-vous fait ? questionna le maître de maison excité par ces révélations.

Le visiteur reprit d’une voix égale :

− Après… il y a eu des batailles encore, celles au côté du futur roi, Louis le onzième, à Dieppe, la reconquête de la Guyenne, celle de la Normandie, la mort d’Agnès Sorel qui inspirait si bien le défunt roi Charles. Il y a eu des missions plus discrètes aussi mais tout aussi dangereuses.

− Vous avez vu les rois Charles et Louis ! s’exclama le seigneur admiratif.

− Le roi Charles le sixième aussi, précisa le vieil homme. Mais voyez-vous de tous ces rois, de tous ces grands seigneurs, il n’y en a aucun dont j’eusse aimé vivre la vie.

− On dit, intervint le fils du seigneur, que la maîtresse du roi Charles le septième fut assassinée, qu’en pensez-vous ?

− Mon fils Olivier est lieutenant du prévôt de Saint-Mihiel, précisa le seigneur. Il nous rend visite, ici à Saulx, de temps à autre. Un jour, il prendra ma place dans ce fief, mais pour l’heure il préfère démêler les affaires criminelles pour lesquelles il n’a pas son pareil.

Le vieil homme comprit le regard soupçonneux du jeune colosse. Habitué aux pires intrigues, ce dernier n’attribuait sa confiance à personne et a priori tout lui paraissait suspect. La vingtaine alerte, on remarquait en premier ses yeux pénétrants, inquisiteurs, fouillant de son regard les moindres mimiques de son singulier visiteur, attentif au moindre mot, toujours à la recherche d’une mystification ou tout du moins d’une contrevérité. S’il ne brillait guère comme son père par sa volubilité − il n’ouvrait la bouche que pour donner des ordres ou poser des questions − il partageait avec lui le goût pour la simplicité et la franchise.

Le vieil homme sourit en son for intérieur. Il aimait ce type d’homme au cœur bien trempé et au libre parler.

− Je ne sais… On dit tant de choses… Je bataillais à Honfleur avec le bâtard d’Orléans lorsque ce malheur est arrivé… Ce fut une grande perte.

Olivier de Saulx remarqua les yeux de l’énigmatique visiteur voilés à cette évocation. Tout n’était que contraste chez lui. Rompu aux combats, il avait sans doute vu mourir des centaines d’hommes, en avait occis sans doute bon nombre également, mais il s’émouvait de la mort d’une maîtresse royale.

Le lieutenant du prévôt ne put tenir davantage sa langue :

− Pardonnez mon indiscrétion, Messire. Votre émotion n’est que trop perceptible. Etiez-vous donc lié avec Agnès Sorel ?

− Pas vraiment. Je ne l’ai aperçue que deux ou trois fois. Je ne puis me pardonner de n’avoir su la protéger.

− L’aimiez-vous ? questionna encore Olivier. Il paraît que sa beauté emportait tous les cœurs sur son passage.

− Mon fils ! Je vous en prie ! Ce ne sont pas là des questions que l’on pose à son hôte, protesta le père du lieutenant.

− Laissez ! prononça le visiteur d’une voix rassurante. J’aime évoquer avec vous le passé. Les souvenirs sont le baume que le temps met sur les blessures. On oublie les plus douloureux.

− Quel est votre nom ? interrogea à nouveau le lieutenant du prévôt, de plus en plus intrigué par ce personnage.

− Je me nomme Bernard de Saulx. Je suis votre grand-oncle, messire et l’oncle de Justin-Marie, le seigneur de ces terres.

La révélation stupéfia ses hôtes.

Ils dévisagèrent leur parent avec de nouveaux yeux.

− Oui, j'ai déjà entendu votre nom, déclara Justin-Marie après un long silence. Vous devez être fatigué et avoir faim. Vous êtes ici chez vous et nous mettrons une dépendance à votre service. Demain, nous fêterons ensemble la Noël. Mangez maintenant, mon oncle !

Bernard de Saulx dissimula son trouble.

Il découvrait enfin la véritable chaleur d’un foyer.

Le temps n'appartient ni à l'avenir ni au passé, mais au présent. Tout le reste n'est que souvenirs ou espoirs.

Une vérité partielle suscite moins le doute qu'une invention mal préparée.

Il est des moments où le bonheur pénètre dans la vie par des voies connues de lui seul.

Il convient de se méfier des situations qui paraissent simples à première vue. Elles révèlent bien plus de pièges que les autres.

Le rire est le chant de la vie.

La reconnaissance ressemble à la fleur de pissenlit: plus envahissante que toute autre, elle disparaît au moindre souffle.

L’épervier du roi dans Saint-Maur Magazine

L’épervier du roi dans Saint-Maur Magazine

… c’est aussi à cette dextérité que se reconnaît le talent d’un grand écrivain !

L’épervier du roi dans Le Généraliste

L’épervier du roi dans Le Généraliste

L’auteur recrée avec brio l’atmosphère malsaine qui entoure les secrets d’Etat

  • J'ai lu « L'épervier du roi » en deux jours, durant un week-end. je l'ai dévoré.

Laura B. Milan, Italie

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  • J’ai lu avec un grand plaisir votre excellent ouvrage, l’épervier du roi.  C’est un très beau roman, écrit avec beaucoup de force, de maîtrise et d’imagination. Voilà un bouquin tout à fait réussi et agréable…

J. B. (Albertville)

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  • Super ! J'ai trouvé l'Epervier du Roi pleins de rebondissements. On ne s'attend pas du tout à la fin de l'histoire. De plus, c'est avec plaisir que j'ai pu retrouver Bernard de Saulx et d'autres personnages de l'Histoire. Ce livre est bien écrit, facile à lire, et palpitant. Il reprend des grands événements de l'Histoire auxquels se mèlent des éléments imaginés tel que le déroulement de l'enquête. Au fur et à mesure de la lecture on imagine très bien comment au Moyen-Age ils enquêtaient. Je ne peux que le conseiller. Bravo et encore merci !!

O. M.

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  • Texte bien écrit puisque le lecteur se laisse prendre à l'histoire ; laquelle n'est peut-être pas l'Historie avec un grand H, mais elle situe les faits d'histoire de manière accrochante. L'époque est typée : son architecture, son mode de vie, des classes sociales, même la sorcellerie y trouve place. Le récit s’appuie sur les valeurs de la chevalerie, de l’honneur, de la fidélité… avec un brin d’émotion… Les plus nobles sentiments y côtoient les plus vils. Au final, la morale est sauve… La femme y est valorisée dans ses qualités féminines traditionnelles : la beauté, la grâce, l’intuition… mais toujours dans son état de servitude, oh combien ! à l’égard du maître ; y compris lorsqu’on est la sœur du souverain.

Hélène B.

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  • Les romans historiques ne sont pas votre tasse de thé? Qu’importe : il s’agit d’un agréable roman policier magnifiquement présenté dont l’action se situe sous le règne de Louis XI. L’affaire est bien ficelée, et, dans ces temps sombres où la durée de vie était déjà bien brève, l’existence ne manquait pas d’être raccourcie par les brigandages, complots et meurtres. Le Roi de France, à l’âme perverse, n’est pas le seul dont on dévoile la noirceur et le goût pour ce jeu où par chausse-trappes et ricochets sont conduits les uns ou les autres à la mort. Autour des héros évoluent des personnages blancs ou noirs qui, tous, ont quelque mystère à cacher.  Pour élucider l’un d’eux, Bernard de Saulx, l’écuyer du Bâtard d’Orléans, sort de sa retraite à la recherche de la cause de la mort d’Agnès Sorel, la si belle maîtresse de Charles VII : un secret d’Etat.  Duels, sorcellerie, trahisons et révélations maintiennent le suspense sans faillir jusqu’aux dernières pages… et puis, après tout n’est-ce pas une occasion de revisiter cette époque grâce à l’érudition de l’auteur ?

Abraham de V.

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  • J’ai adoré ! Une intrigue menée tambour battant, des personnages attachants, de beaux caractères, beaucoup de pudeur et de finesse dans les sentiments, une vérité historique qui sait laisser sa place au rêve… Un grand merci pour ces moments de bonheur.

Catherine D.

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  • Quelle Histoire ! J’ai adoré ! Les décors apparaissent et les personnages respirent aussitôt le livre ouvert. L’histoire est prenante, autant pour l’enquête que pour les tensions autour de Charlotte de France. De plus, en sa qualité de roman historique, ce livre nous apprend beaucoup sur les faits et les personnages réels, et sur la vie en général au XVème siècle. Un grand bravo à l’auteur !!!

Oriane (Grenoble)

L'auteur : Franck Senninger

Franck Senninger est écrivain et médecin. Il écrit plus particulièrement des romans (Prix Littré, Prix du Rotary international, sélection au Prix Tangente de lycéens 2022), des nouvelles (Prix Cesare Pavese), des ouvrages de psychologie et de vulgarisation médicale. Ses livres sont actuellement traduits en italien, espagnol, portugais, polonais et en arabe. Il est membre de l'Académie Littré et ancien président du jury français du Prix Cesare Pavese (Italie). Il est aussi journaliste pour La Voce, le magazine des Italiens en France et cofondateur du Cercle Leonardo da Vinci, une association qui réunit les fils et amis de l'Italie. Il donne régulièrement des cours à l'Université Inter-Âge de Créteil et à l'Université Paris-Est Créteil. Petit-fils de philosophe, trois générations de médecins l'ont précédé ce qui explique sans doute son attrait partagé pour la plume et le stéthoscope.

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